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3 mai 2017 3 03 /05 /mai /2017 07:35

Umberto Eco : comment se préparer sereinement à la mort.

Récemment, un disciple soucieux (un certain Criton) m'a demandé : « Maître, comment bien se préparer à la mort ? — Une seule solution, être convaincu que tous les gens sont des couillons », ai-je répondu.

Devant la stupeur de Criton, je me suis expliqué. « Vois-tu, comment peux-tu marcher à la mort, même en étant croyant, si tu songes que, au moment où toi tu passes de vie à trépas, de beaux et désirables jeunes gens des deux sexes dansent en boîte et s'amusent follement, des scientifiques éclairés percent les derniers mystères du cosmos, des politiciens incorruptibles s'emploient à créer une société meilleure, des journaux et des télévisions ont pour seul but de donner des informations dignes d'intérêt, des directeurs d'entreprises responsables s'ingénient à ne pas polluer l'environnement et à nous redonner une nature faite de ruisseaux potables, de montagnes boisées, de cieux purs et sereins protégés par un ozone providentiel, de nuages moelleux distillant les douces pluies d'antan ? Si tu te dis que toutes ces choses merveilleuses se produisent tandis que toi tu t'en vas, cela te serait proprement insupportable, n'est-ce pas ?

Mais essaie un instant de penser que, à l'instant où tu sens que tu vas quitter cette vallée, tu as la certitude inébranlable que le monde (cinq milliards d'êtres humains) est rempli de couillons, que ceux qui dansent en boîte sont des couillons, des couillons les scientifiques qui croient avoir résolu les mystères du cosmos, des couillons les politiciens qui proposent une panacée pour tous nos maux, des couillons les pisseurs de copie qui remplissent nos journaux d'ineptes et vains potins, des couillons les industriels malpropres qui détruisent la planète. En cet heureux moment, ne serais-tu pas soulagé, satisfait d'abandonner cette vallée de couillons ? »

Criton m'a alors demandé : « Maître, quand dois-je me mettre à penser ainsi ? — Pas trop tôt, lui ai-je répondu, car penser à vingt ou trente ans que tous les gens sont des couillons, c'est être un couillon qui n'accédera jamais à la sagesse. Il faut y aller mollo, commencer en se disant que les autres sont meilleurs que nous, puis évoluer peu à peu, avoir les premiers légers doutes vers la quarantaine, réviser son jugement entre cinquante et soixante ans, et atteindre à la certitude alors qu'on va sur ses cent ans, mais en se tenant prêt à partir, tous ses comptes à jour, dès réception de la convocation.

Seulement voilà : acquérir la certitude que les cinq milliards d'individus autour de nous sont des couillons, est le fruit d'un art subtil et avisé, qui n'est pas à la portée du premier Cébès venu, avec son anneau à l'oreille (ou dans le nez). Cela requiert du talent et de la sueur. Il ne faut pas brusquer les choses. Il faut y arriver doucement, juste à temps pour mourir sereinement. Mais la veille, on doit encore penser qu'il existe un être, aimé et admiré de nous, qui lui n'est pas un couillon. La sagesse sera de reconnaître au bon moment — pas avant — que lui aussi est un couillon. Alors, seulement, on pourra mourir.

Donc, le grand art consiste à étudier petit à petit la pensée universelle, à scruter l'évolution des mœurs, à analyser jour après jour les médias, les affirmations d'artistes sûrs d'eux, les apophtegmes de politiciens en roue libre, les démonstrations de critiques apocalyptiques, les aphorismes de héros charismatiques, en étudiant leurs théories, propositions, appels, images, apparitions. Alors seulement, à la fin, tu auras cette bouleversante révélation : ce sont tous des couillons. Et tu seras prêt à rencontrer la mort.

Jusqu'au bout, il te faudra résister à cette insoutenable révélation, tu devras t'obstiner à penser qu'on profère des choses sensées, que tel livre est meilleur que les autres, que tel guide du peuple veut vraiment le bien commun. C'est le propre de notre espèce, c'est naturel, c'est humain de refuser de croire que les autres sont indistinctement des couillons. Sinon, en quoi la vie vaudrait-elle la peine d'être vécue ? Mais, à la fin, quand tu sauras, alors tu auras compris en quoi cela vaut la peine — en quoi c'est splendide même — de mourir. »

Criton m'a regardé et m'a dit : « Maître, je ne voudrais pas prendre de décisions hâtives, mais je vous soupçonne d'être un couillon. — Tu vois, ai-je répondu, tu es déjà sur la bonne voie. »

Umberto Eco : comment se préparer sereinement à la mort.

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19 janvier 2015 1 19 /01 /janvier /2015 17:32

·     Pour Quichottine

 

 


·          Il arrive parfois, lorsque le soir descend,
Que je perde à la fois ma force et mon courage ;
Je ne sens plus alors la hargne, ni la rage,
Qui m’ont sorti vainqueur par le feu et le sang.

Arrêter de braver tous ces moulins à vent, 
Ne fut-ce qu’un instant pouvoir poser les armes,
Redevenir agneau, paisible comme avant,
Vivre tranquillement, ne plus verser de larmes.

Connaître enfin la paix d’un foyer chaleureux,
Laisser pour quelque temps au fourreau mon épée;
Redevenir enfant, n'être plus valeureux
Et vivre en ma chaumière auprès de Dulcinée.

Mon espoir n’est-il donc que vulgaire chimère ?
Un délire insensé que l’on n’accomplit guère ?
Ô toi mon âme sœur,  veux-tu, juste un moment,
Par mille voluptés, apaiser mon tourment ?

Pourras-tu de mon coeur ôter les flétrissures
Et de mon corps blessé panser les meurtrissures ?
Voudras-tu consoler un pauvre spadassin
En laissant reposer ma tête sur ton sein
 

 

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3 décembre 2014 3 03 /12 /décembre /2014 09:09

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Ah ! Quel beau matin, que ce matin des étrennes !
Chacun, pendant la nuit, avait rêvé des siennes
Dans quel songe étrange où l'on voyait joujoux,
Bonbons habillés d’or, étincelants bijoux,
Tourbillonner, danser une danse sonore,
Puis fuir sous les rideaux, puis reparaître encore !
On s'éveillait matin, on se levait joyeux,
La lèvre affriandée, en se frottant les yeux ...
On allait, les cheveux emmêlés sur la tête,
Les yeux tout rayonnants, comme aux grands jours de fête,
Et les petits pieds nus effleurant le plancher,
Aux portes des parents tout doucement toucher ...
On entrait ! ...puis alors les souhaits ... en chemise,
Les baisers répétés, et la gaieté permise !

 

 

 

 

 

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23 août 2014 6 23 /08 /août /2014 11:42

 

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Les peupliers d’argent
Qui s’inclinent sur l’eau
Savent tout, mais ne parleront jamais.
Le lys de la fontaine
Tait sa tristesse.
Tout est plus digne que l’humanité !

Face au ciel étoilé, la science du silence
Appartient à la fleur tout autant qu’à l’insecte.
La science du chant pour le chant
Habite les bois murmurants
Et les flots de la mer.
Le silence profond de la terre qui vit,
C’est la rose qui nous l’enseigne
Au rosier épanouie.

Il faut répandre le parfum
Que nos âmes enclosent !
Il faut être musique,
Lumière et bonté.
Il faut s’ouvrir entier
A l’obscur de la nuit
Pour nous emplir d’immortelle rosée !

Il faut coucher le corps
Dans notre âme inquiète !
Aveugler nos regards du jour de l’au-delà.
Nous devons nous pencher
Sur l’ombre de nos cœurs
Et jeter à Satan l’astre qu’il nous tendit.

Il faut imiter l’arbre
Constamment en prière
Et l’eau de la rivière
Fixe en l’éternité !

Il faut blesser son âme aux griffes des douleurs
Pour qu’y entrent les flammes
De l’horizon astral !

Alors dans l’ombre de l’amour défait
Jaillirait une aurore

Tranquille et maternelle.
Des cités dans le vent disparaîtraient
Et sur un nuage Dieu même
Viendrait nous visiter.

 

.

 

 


 

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20 juillet 2014 7 20 /07 /juillet /2014 11:39

 

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- Ecureuil du printemps, écureuil de l'été, qui domines la terre avec vivacité, que penses-tu là-haut de notre humanité ?

- Les hommes sont des fous qui manquent de gaîté.

- Ecureuil, queue touffue, doré trésor des bois, ornement de la vie et fleur de la nature, juché sur son pin vert, dis-nous ce que tu vois ?

- La terre qui poudroie sous des pas qui murmurent.

- Ecureuil voltigeant, frère du pic bavard, cousin du rossignol, ami de la corneille, dis-nous ce que tu vois par delà nos brouillards ?

- Des lances, des fusils menacer le soleil...

- Ecureuil aux yeux vifs, -pétillants, noirs et beaux, humant la sève d'or, la pomme entre tes pattes, que vois-tu sur la plaine autour de nos hameaux ?

- Monter le lac de sang des hommes qui se battent.

- Ecureuil de l'automne, écureuil de l'hiver, qui lances vers l'azur, avec tant de gaîté, ces pommes.... que vois-tu ?

Demain tout comme Hier.

Les hommes sont des fous et pour l'éternité.

 

 

 

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15 juin 2014 7 15 /06 /juin /2014 07:10

  

 

 

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Les chevaux et les chiens

Parlent mieux que les hommes

Et savent de très loin

Reconnaître le ciel

 

Ils n’ont pour eux que l’herbe

Et la grave tendresse

Des bêtes qui remuent

Tristement le passé

 

Mais dans leurs yeux inquiets

Des choses et des hommes

Passe parfois l’éclair

D’une saison future.

 

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4 mai 2014 7 04 /05 /mai /2014 07:52

 

 

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Tout conjugue le verbe aimer. Voici les roses.
Je ne suis pas en train de parler d'autres choses.
Premier mai ! l'amour gai, triste, brûlant, jaloux,
Fait soupirer les bois, les nids, les fleurs, les loups ;
L'arbre où j'ai, l'autre automne, écrit une devise,
La redit pour son compte et croit qu'il l'improvise ;
Les vieux antres pensifs, dont rit le geai moqueur,
Clignent leurs gros sourcils et font la bouche en coeur ;
L'atmosphère, embaumée et tendre, semble pleine
Des déclarations qu'au Printemps fait la plaine,
Et que l'herbe amoureuse adresse au ciel charmant.
A chaque pas du jour dans le bleu firmament,
La campagne éperdue, et toujours plus éprise,
Prodigue les senteurs, et dans la tiède brise
Envoie au renouveau ses baisers odorants ;
Tous ses bouquets, azurs, carmins, pourpres, safrans,
Dont l'haleine s'envole en murmurant : Je t'aime !
Sur le ravin, l'étang, le pré, le sillon même,
Font des taches partout de toutes les couleurs ;
Et, donnant les parfums, elle a gardé les fleurs ;
Comme si ses soupirs et ses tendres missives
Au mois de mai, qui rit dans les branches lascives,
Et tous les billets doux de son amour bavard,
Avaient laissé leur trace aux pages du buvard !
Les oiseaux dans les bois, molles voix étouffées,
Chantent des triolets et des rondeaux aux fées ;
Tout semble confier à l'ombre un doux secret ;
Tout aime, et tout l'avoue à voix basse ; on dirait
Qu'au nord, au sud brûlant, au couchant, à l'aurore,
La haie en fleur, le lierre et la source sonore,
Les monts, les champs, les lacs et les chênes mouvants,

Répètent un quatrain fait par les quatre vents.

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16 avril 2014 3 16 /04 /avril /2014 07:30

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Déjà les beaux jours, - la poussière,
Un ciel d'azur et de lumière,
Les murs enflammés, les longs soirs ; -
Et rien de vert : - à peine encore
Un reflet rougeâtre décore
Les grands arbres aux rameaux noirs !

Ce beau temps me pèse et m'ennuie.
- Ce n'est qu'après des jours de pluie
Que doit surgir, en un tableau,
Le printemps verdissant et rose,
Comme une nymphe fraîche éclose
Qui, souriante, sort de l'eau.

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9 mars 2014 7 09 /03 /mars /2014 10:50

 

 

 

 

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Au bord d'un verger vert envahi d'herbes en fête
Se dressait le palais superbe du poète.

La maison était vieille au moins de trois cents ans,
On entendait craquer ses poutres au printemps.

Les arbres se pressaient contre elle à l'étouffer,
Poiriers portant le nid mélodieux d'Orphée.

Mais les tuiles volaient au vent à tire-d'aile.
- Fort bien, dit le poète : on verra mieux le ciel !

Quand il pleuvait, la pluie entrait comme chez elle.
- Bon, c'est la porte aussi qu'emprunte l'hirondelle !

Les murs épais, dorés, ruisselaient de feuillages :
Vigne, lierre, rosiers pleins de lézards sans âge.

Au grenier résidait l'effraie, oiseau de nuit.
- C'est moi qui vis chez toi, Sagesse à l'oeil qui luit !

Deux chiens fous, un vieux puits, peu de pain dans la huche.
- Mais du soleil au coeur plus que miel en la ruche !

Depuis longtemps, l'horloge s'était arrêtée.
- Que l'heure loge ailleurs : pas le temps de compter !

Les cigales vibraient sans fin, de chaleur ivres,
Une plume formait, dedans, les mots d'un livre.

Et le chant du poète en silence embaumait
La nature alentour ainsi qu'une fumée.

 

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30 janvier 2014 4 30 /01 /janvier /2014 05:58

 

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Le ciel nocturne et bas s'éblouit de la ville
Et mon cœur bat d'amour à l'unisson des vies
Qui animent la ville au-dessous des grands cieux
Et l'allument le soir sans étonner nos yeux

Les rues ont ébloui le ciel de leurs lumières
Et l'esprit éternel n'est que par la matière
Et l'amour est humain et ne vit qu'en nos vies
L'amour cet éternel qui meurt inassouvi



Guillaume Apollinaire (1880 - 1918)

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