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Vers Eklablog

Je quitte Overblog pour Eklablog.

Ma nouvelle adresse :

http:// textetexte.eklablog.com

Je vous y attends, les amis...

/ / /

Rumeurs  à  Alexandrie

 

 

 

 Le jeudi après-midi, le club Sporting est le lieu de rencontre des jeunes Alexandrins.

 Ils aiment s’y retrouver pour oublier toute une semaine de dur travail scolaire ou universitaire.

-Où sont-elles donc ?

Une fraîche adolescente fronçait les sourcils en regardant le portail du club. Sa sœurAline, aussi belle que sa jumelle quoique d’une autre manière, essaya de la calmer :

-Mais Lydia, pourquoi cette impatience ? Tu sais bien qu’elles vont venir. Elles ne peuvent pas s’en dispenser, c’est notre unique chance de la semaine de respirer, du bagne qu’est devenu l’école

-Ne prononce pas ce mot, nous avons congé  jusqu'à samedi…

-Ah ! Les voila !

Et Lydia, impulsive comme toujours, partit en flèche vers l’esplanade que traversaient ses amies : Salomé, brune aux longs cheveux lisses, précédait de quelques pas deux autres jeunes filles, aux cheveux châtain courts et bouclés .Mais le même sourire éclairait leurs yeux malicieux.

Aline les rejoignait, et tout en les embrassant selon l’usage, les entraîna rapidement :

-Venez, j’ai trouvé une magnifique BMW métallique, qui va servir à point.

Toutes se dirigèrent vers l’endroit qu’elle leur désignait. Les premières arrivées s’assirent sur le capot de la voiture, les trois autres s’installèrent face à elles, sur le trottoir.

-Alors, Estimation ou Cheating ? demanda Claire, en prenant de son sac, des cartes aux motifs pharaoniques.

-Cheating. J’ai envie de m’amuser,  de m’éclater, dit Sarah au visage de poupon

C’était un jeu qui consistait à essayer de bluffer et de deviner la stratégie de l’adversaire, même s’il demeurait impassible au niveau de la physionomie.

Au bout d’un moment, les gardes qui avaient remarqué le manège des jeunes filles, s’approchèrent :

-Mesdemoiselles, s’il vous plaît, allez jouer ailleurs

-D’accord, on s’en va

Elles faisaient semblant de partir et revenaient immanquablement dès qu’ils étaient partis Ils les laissaient faire conquis par leur grâce déjà coquine. Du reste, elles n’étaient pas vandales et ne faisaient pas de mal aux voitures qu’elles empruntaient chaque jeudi.

  Deux adolescents s’approchaient du groupe qui se demandait de quel côté  aller se

 promener

Lydia  se leva d’un bond.

-Chérif, qu’est-ce que tu as là ?

-C’est pour ma sœur.

-Je peux voir ?

-Non, tu ne peux pas.

Mais Lydia, plus rapide, avait déjà défait l’emballage cadeau, et observait le visage

de Chérif aussi  rouge que le cœur qu’elle venait de découvrir :

-Ce n’est pas pour ta sœur, tu racontes des histoires. A qui  vas-tu souhaiter la Saint Valentin ?

Ce fut le copain qui répondit :

-Mais de quoi je me mêle ? La curiosité est un mauvais défaut.

-Entre amis, il n’y a pas de secrets.

La scène n’avait pas été perdue pour tout le monde. Les deux plus mauvaises langues du club, à l’affût de quelque chose à raconter, se regardèrent d’un air entendu

-Tu vois ce que je vois ? Dis-moi que je ne rêve pas.

-Non, tu ne rêves pas, ça c’est sûr

-Cette Lydia, elle est horrible.

-Il faut faire quelque chose.

-Tu as ton portable ?

-Qu’est-ce que tu veux faire ?

-Appeler Heba, tu penses bien que je ne vais pas rater cette occasion

-Qu’est-ce que tu vas lui dire ?

-La vérité tiens, il n’y a que ça qui blesse

-Ne sois pas méchante, il faut la lui dire, mais pour qu’elle cesse de se croire amoureuse de ce gamin.

-D’accord. Appelle-la.

 

 Pendant ce temps, les jeunes filles étaient revenues à leur place de prédilection

et parlaient du stage de théâtre qu’elles suivaient au collège Saint-Marc avec les garçons de tout à l’heure.

-Il faudra que quelqu’un dise à Fawzi d’étudier son rôle, au lieu de se le faire souffler des coulisses.

Toutes pouffèrent, tandis qu’Aline disait, prenant la défense du garçon :

-Il s’y mettra, il aime les séances et n’en rate pas une.

-Tiens, le voila, il arrive à point

Celui dont on parlait, s’approchait nonchalamment du groupe. C’était un beau garçon aux yeux rieurs, au sourire communicatif :

-Hi tout le monde !

Et il se mit à saluer selon sa méthode personnelle, en tapant rapidement dans les mains qu’on tendait vers lui.

-Hi Fawzi, voila le résumé que tu m’avais demandé

-Merci Lise, comme cela, je pourrai etudier les matières nationales que je déteste particulièrement

-Dis plutôt toutes les matières.

-Je trouve qu’il y a des choses plus intéressantes.

Lydia intervint :

-Défendu de parler du système scolaire, nous sommes jeudi, ne l’oubliez pas

-Bon je vous laisse, je vais à mon entraînement…

Le garçon s’éloigna, mais fut bientôt accosté par deux autres qui le regardèrent, l’air mauvais :

-Bonne chasse ?

 Fawzi, haussa dédaigneusement les épaules, et s’éloigna sans répondre. C’étaient deux camarades de classe, à l’esprit étroit et un peu vicieux .Il valait mieux ne pas discuter.C’était parfaitement inutile.

 Mais les deux autres ne l’entendaient pas de cette oreille. Le lendemain, à l’école, ils prirent de côté le cousin de Lise :

-Tu devrais surveiller un peu ta cousine.

-Quoi !

-Hier, au club, elle parlait avec un garçon. Tu connais Fawzi A. c’est lui…

-Nous suivons ensemble le stage théâtre .Cessez de voir le mal partout…

-Et ta cousine ?

-Mais elle aussi…

-Comment ?

-En groupe mixte

L’autre n’en revenait pas :

-Mais c’est une grande erreur

-Si tu le penses vraiment, c’est ton problème, pas le mien.

  Dans la société alexandrine, nombreux étaient ceux qui exigeaient l’absence totale de relations entre filles et garçons,  la mixité étant considérée comme la pente fatale de la tentation et du péché. Ceux qui avaient accepté de faire partie du projet théâtre scolaire, étaient mal vus dans cette société puritaine, et les pauvres gosses devaient en faire douloureusement l’expérience. Les commérages  se déchainerent, au club et dans les deux écoles, on leur jeta des regards de blâme ou de moquerie silencieuse contre lesquels ils ne pouvaient rien. Ils se turent, étonnés et peinés de voir comment l’injustice pouvait être une arme terrible, quand seules, les apparences comptaient. Mais la situation était trop tendue, et tout finit par éclater un dimanche à la répétition hebdomadaire. Les enfants qui se rencontraient d’abord dans le jardin, devant la façade de l’imposante école aux murs vénérables tardèrent à monter au premier  étage où se situait le théâtre. Ce n’était pas du tout leur habitude. Et quand ils y furent, ils se montrèrent  distraits, et sans aucun entrain.

Personne ne se plaignit  des exercices pour l’échauffement, ce qui était en sorte le baromètre de la bonne humeur collective. Les dégâts étaient sérieux : les animateurs durent s’en rendre compte .Sans se concerter, chacun entreprit de savoir ce qui n’allait pas.

 Ce fut M. Samer qui commença : Il prit Fawzi à l’écart et par des questions directes, fut bientôt au courant de tout ce qui s’était passé. L’animatrice, de son côté, cherchait la vérité et la découvrait avec stupeur. Une pause s’imposait .Ils étaient responsables de ces jeunes, et ils devaient se montrer dignes de leur confiance :

-En cercle, asseyez-vous

M Samer exposa le problème clairement et sans ambiguïté. Il y eut d’abord un silence,

Puis tout le monde voulut parler en même temps. C’était le stress des jours passés qui

surgissait comme un torrent impétueux…Puis, un à un, chacun s’enhardit, révélant  un cœur encore tendre et mal préparé pour la souffrance.

-Nous n’avons rien fait de mal.

-C’est injuste

-Ils n’ont pas le droit…

-On se moque de nous devant toute la classe

-On nous traite de filles faciles…

-On nous appelle  Don Juan

 Les animateurs répondaient à cet appel au secours, avec tout l’amour et la compassion dont ils étaient capables. Leurs enfants souffraient d’être ouverts

à l’amitié,  au travail de groupe, à la responsabilité d’accepter de faire des efforts

hors des normes scolaires. Ils se prenaient en charge pour grandir. Et comment

réagissaient les autres ? Etait-ce par peur de ce qui était différent ? Etait-ce par jalousie ? Etait-ce par complexe d’infériorité et de supériorité amalgamés  que l’on dénigrait ceux et celles qui osaient ne pas  être des copies conformes au modèle proposé ?

 Les yeux pleins de larmes visibles ou secrètes voulaient une réponse. Maintenant, tout de suite…Les mots vinrent presque tout seuls :

-Chaque fois que vous aurez une décision à prendre, il ne faudra consulter que votre conscience. Libérez-vous une fois pour toutes, du poids du respect humain, de la peur de la calomnie, ou même de la médisance  Chaque fois que l’on vous critiquera, vous répondrez : « Chacun agit selon sa conscience. C’est devant elle que je suis responsable de ce que je fais, de ce que je suis. »

-Personne n’a le droit de te demander des comptes. Ta conscience est ton seul juge.

-Vous pouvez dire aussi à ceux qui essaieront de saper votre confiance en vous-mêmes : «  Tu  te donnes le droit de parler  à tort ou à raison des autres, et que fais-tu de ta conscience ? Approuve-t-elle ce comportement ? »

Un autre moment de silence, mais plus serein cette fois .Et de nouveau, le sourire renaît sur les lèvres et dans les yeux, on soupire, la crise est passée. Les gestes redeviennent vifs, cela bouge, cela remue.

-Allez, au travail. Assez perdu de temps comme cela…

 M. Samer au grand cœur, au cœur de grand frère, parle d’une voix volontairement bourrue. Mais les enfants savent bien que cela  est la preuve que tout ira bien dorénavant, du moins pour ceux que les circonstances  ont précocement mûri.

On fait un  cercle impeccable, on est prêt. Un bel arc-en-ciel de joie éclaire

la séance ...

 

  Groupe de théåtre scolaire 20005

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