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20 décembre 2010 1 20 /12 /décembre /2010 04:39

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Comme toujours la veille de Noël, le roi convia le Premier

ministre à une promenade. Il lui plaisait de voir comment on

décorait les rues. Mais pour éviter que les sujets ne fassent

des dépenses exagérées pour lui être agréables, ils se

déguisaient toujours en commerçants venus de lointains pays.

Ils marchèrent dans le centre, admirant les guirlandes

lumineuses, les sapins, les bougies allumées sur les marches

des maisons, les baraques où l’on vendait des cadeaux,

les hommes, les femmes et les enfants qui se pressaient

d’aller rejoindre leurs parents pour fêter cette nuit autour

d’une table bien garnie.

Sur le chemin du retour, ils traversèrent le quartier le plus

pauvre ; l’ambiance y était tout à fait différente. Pas question

de lumières, de bougies, ni de l’odeur délicieuse de la

nourriture bientôt servie. On ne voyait personne ou presque

dans la rue, et comme il le faisait tous les ans, le roi fit

observer au Premier ministre qu’il devrait être plus attentif

aux pauvres de son royaume. Le ministre acquiesça de la

tête, sachant que sous peu le sujet serait de nouveau

oublié, enterré sous la bureaucratie quotidienne, l’approbation

des budgets, les discussions avec des dignitaires étrangers.

Soudain, ils remarquèrent que d’une des maisons les plus

 pauvres venait le son d’une musique. L’habitation, de

construction sommaire, avait plusieurs fentes entre ses planches

pourries, leur permettant de voir ce qui se passait à l’intérieur.

C’était une scène totalement absurde : un vieux dans une

chaise roulante qui paraissait pleurer, une jeune fille complètement

chauve qui dansait, et un garçon au regard triste qui tapait sur

un tambourin et chantait une chanson du folklore populaire.

« Je vais voir ce qui se passe », dit le roi.

Il frappa à la porte. Le jeune garçon interrompit sa musique et vint

répondre.

« Nous sommes des marchands et nous cherchons un endroit

pour dormir. Nous avons entendu la musique, nous avons vu

que vous n’étiez pas couchés et nous aimerions savoir si nous

pouvons passer la nuit ici.

— Vous trouverez abri dans un hôtel de la ville, Messieurs.

Malheureusement nous ne pouvons pas vous aider ; malgré la

musique, cette maison est pleine de souffrance et de tristesse.

— Et pouvons-nous savoir pourquoi ?

— C’est ma faute – c’était le vieux dans la chaise roulante qui

parlait. Toute ma vie, j’ai voulu éduquer mon fils pour qu’il apprenne

la calligraphie et devienne un des scribes du palais. Mais les

années passaient et les nouvelles inscriptions pour cette charge

n’étaient jamais ouvertes. Et puis cette nuit, j’ai fait un rêve stupide :

un ange apparaissait et il me demandait d’acheter une coupe en

argent, parce que le roi allait me rendre visite, boire un peu dans

cette coupe, et trouver un emploi pour mon fils.

« La présence de l’ange était si convaincante que j’ai décidé de faire

ce qu’il avait dit. Comme nous n’avons pas d’argent, ma belle-fille

est allée ce matin au marché, elle a vendu ses cheveux, et nous avons

acheté la coupe qui est là devant vous. Maintenant ils essaient de me

faire plaisir, ils chantent et ils dansent parce que c’est Noël, mais c’est

inutile. »

Le roi vit la coupe en argent, se fit servir un peu d’eau parce qu’il avait

soif et, avant de partir, déclara à la famille :

« Quelle coïncidence ! Nous étions aujourd’hui avec le Premier ministre

et il nous a dit que les inscriptions pour un nouveau poste seraient

ouvertes la semaine prochaine. »

Le vieux hocha la tête, ne croyant pas vraiment ce qu’il entendait, et prit

 congé des étrangers. Mais le lendemain, une proclamation royale fut

lue dans toutes les rues de la ville : on cherchait un nouveau scribe pour

 la cour. Le jour fixé, la salle des audiences était pleine de gens désireux

de concourir pour le poste tant convoité. Le Premier ministre entra,

demanda à tous de préparer leurs blocs et leurs porte-plume :

« Voici le sujet de dissertation : pourquoi un vieil homme pleure-t-il près

 d’une femme chauve qui danse et d’un garçon triste qui chante ? »

Un murmure d’étonnement parcourut la salle : personne ne savait raconter

une histoire comme celle-là ! Excepté un jeune garçon vêtu humblement,

dans un coin de la salle, qui fit un large sourire et commença à écrire.

 

 

Paulo Coelho

(basé sur un conte indien)

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Published by marlou - dans Lectures
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commentaires

clementine 20/12/2010 23:45


un conte que j'apprécie beaucoup tout comme son auteur
bonne soirée
clem


Valentine :0056: 20/12/2010 23:36


Belle histoire. Merci Marlou !


autobiographie 20/12/2010 17:39


Oui, cela valait un sourire si grand qu'il émettait des sons!... comme la musique de on histoire.
Bien sûr, c'est mon sourire (à moi!) après avoir lu ta délicieuse histoire de M. Cuelo.... que j'aime bien!
Je t'embrasse,
Gigri


bleuesirene 20/12/2010 13:09


somptueux comme un étonnement

joyeuse fêtes mon amie
du bonheur sans égal
à bientôt peut etre en mail
merci d'avance
Irene


Quichottine 20/12/2010 12:17


C'est un merveilleux conte !

J'aime...


Merci pour ce partage.


Solyzaan 20/12/2010 09:13


excellente idée le choix de Paulo Coelho !!!


Marielle 20/12/2010 08:38


C'était un roi comme on en fait plus actuellenent !! très belle ét émouvante histoire, merci du partage...Bisous.


chris 20/12/2010 07:51


elle est jolie cette histoire...belle journée Marlou...