Lundi 3 décembre 2007

 

 

Nous étions sur la route allant d’El Alamein à Marsah-Matrouh, lorsqu’une panne

nous arrêta. Il faisait encore sombre.Le soleil ne s’était pas encore levé. Mais je ne

commençai à m’inquiéter que lorsque je me rendis compte que Rafik n’arrivait pas

à régler le problème

-Je ne comprends pas, la voiture était chez le mécanicien, et il m’a dit qu’elle était parfaite.

-Ce n’est pas grave alors. Quelqu’un passera sûrement sur cette route et nous dépannera.

-Je vais essayer encore une fois.

Il se pencha longtemps sur le capot, se releva et fronça les sourcils  en observant les nuages gris qui emplissaient d’un coup le ciel de l’aube, le brouillard soudain qui rendait la visibilité ardue.

-Allez, on met la voiture de coté. C’est plus prudent avec ce brouillard.

Pendant la manœuvre, un coup d’air emporta, par la portière ouverte,  la carte de la région. Elle était trop précieuse pour qu’on la perde. Je courus après Mais à chaque fois que je tendais la main pour la saisir, je n’attrapais que le vide. Je m’éloignai sans y prendre garde. La voix de Rafik m’arrivait de plus en plus lointaine. Chose étrange : le brouillard opaque sur la route, s’estompait et flottait sur les mottes blondes  comme des pans de chiffon blanc  jetés de part en part Je vis la carte s’enrouler autour d’un poteau planté au milieu des sables.

 Je courus, l’en arrachai et la pliai rapidement. En me relevant, je restai sidérée : le poteau indiquait la présence d’un garage à proximité. Je regardai autour de moi, et vis au loin, une bâtisse avec une fenêtre allumée comme un phare dans la nuit.

-Quelle chance, me disais-je, en me dirigeant vers elle, c’est juste ce qu’il nous fallait.

Quand j’y arrivai, je déchantai : la maison était manifestement abandonnée. La poussière accumulée, rendait insolite la maigre ampoule dont la lueur parcimonieuse éclairait une pièce sordide où tout était sens dessus dessous. Avec un vague sentiment de malaise,  je tournai le dos à la maison, et marchai d’un pas rapide. Bientôt j’atteignis le brouillard, et m’y enfonçai avec plaisir, Rafik était là au bout du chemin. Mais plusieurs minutes s’écoulèrent, je n’arrivai pas à la route. D’un coup,  le soleil parut dans un ciel dégagé de tous ses nuages éclairant un désert aride entre des montagnes qui bouchaient la vue. J’eus beau scruter l’horizon, la bicoque avait disparu. Rien de ce que je venais de voir,  n’existait plus. Je n’avais plus de points de repère, mais je n’avais pas peur .Rafik devait me chercher Peut-être m’appelait-il…Je tendis l’oreille. Le vent m’apportait un murmure confus que je ne pus identifier. Etait-ce sa voix ? Il ne fallait pas qu’il s’éloigne. Tout en l’appelant, je me levai sans plus attendre. Ce fut deux cents mètres plus loin que je vis le premier cristal. Il avait une forme bizarre, rappelant celle d’une mandragore et brillait étrangement à la lumière. Je le tins quelques moments  dans mes mains, alors,  je me rendis compte avec terreur que c’était lui qui produisait le murmure  qui m’avait fait croire au salut

Je le jetai  avec dépit .Comment  m’étais-je mise dans cette situation ?

 Quand je me calmai, j’essayai de réagir. Il fallait trouver un promontoire à partir duquel, je pourrais voir soit la mer,  soit le ruban argenté de la route. Je me mis en marche vers la plus proche colline.

 L’arrivée au sommet fut laborieuse, mais utile : je vis de l’eau luire,  comme un miroir,  sous le soleil qui atteignait le zénith. Maintenant que je pouvais me situer,

L’aventure ne me semblait plus dramatique.

 Je commençai à ressentir les désagréments de la situation. Je n’avais pas mes lunettes de soleil, la chaleur était intense, et rien ne pouvait protéger les yeux de ce dard de lumière qui brûlait comme un feu. Je m’assis sur le sable, creusai une tranchée autour de moi pour retrouver un semblant de fraîcheur et cachai mes yeux entre mes bras repliés. Au bout d’un moment, la douleur se calma. Et,  je crois bien que je m’assoupis car,  quand je me réveillai, le soleil amorçait sa courbe vers la ligne d’horizon. Je regardai autour de moi. .A quelques pas, à moitie déterré, un autre cristal, était posé sur une crête et semblait me fixer. Comme malgré moi, je tendis la main et m’en emparai. Je n’attendis pas longtemps. En même temps, que je sentais des ondes positives autour de moi,  le murmure d’eau commençait à bruire. Puis, je constatai qu’il était plus distinct quand je me tournais du coté où j’avais vu la mer. C’était le deuxième signe Je décidai de le suivre et de  marcher dans cette direction.

 Vers le soir, mourant de fatigue et de soif, la dernière dune contournée, je crus être victime d’un mirage : une oasis verdoyante étincelait de toutes ses palmes au soleil couchant. Le cristal aussi, semblait être pris de délire et les sons qu’il émettait se faisaient plus .intenses. Je ne savais plus si je devais rire ou pleurer .Je m’étais enfoncée encore plus profondément dans le désert .Même si le salut était là, combien de temps faudrait-il avant qu’on ne me retrouve ?

                  

  Devant l’eau de la source, j’ai tendu les mains. Elles  étaient pleines d’écorchures

que la fraîcheur de l’eau  apaisait aussitôt. .Je bus avec une ferveur que je ne compris que plus tard. Cette eau ne fermait pas seulement les blessures, elle aiguisait les sens, permettait une perception plus fine des sensations à partir desquelles la conscience découvrait l’univers.

  Je ne cherchai plus le cristal que j’avais posé, sur l’herbe près de moi. Je sus qu’il était arrivé au terme de sa quête, et qu’il était au fond de l’eau pure. Puis je l’oubliai

comme j’oubliai comment j’étais  arrivée ici, et qui m’attendait là-bas.  Je ne me souvenais que d’une chose, j’avais traversé tous ces jours et toutes ces nuits pour venir laver mon cœur à cette eau mystérieuse et renaître ailleurs, dans un monde

où, curieusement, l’amitié ne connaissait pas les frontières habituelles entre les différents règnes de la vie . Le sentier ouvrait ses haies, comme par magie, pour me permettre le passage n’ importe où selon mon gré. J’allais ou me portaient mes pas, choisissant pour étapes,  la luminosité d’une feuille, le velouté d’un fruit, la courbe d’un pétale, la douceur profonde d’un roucoulement, ou les notes gaies des trilles qui fusaient  comme des feux d’artifice , dans l’or fondu du couchant.

  Le soleil,  après m’avoir lancé son rayon vert, plongea de l’autre cote de la terre. Je me nourris de quelques dattes, en regardant les étoiles, grandir dans la nuit naissante.                            Bientôt,  la  lune  se  leva,  immense.  Comme  s’ils  n’attendaient  que  ce  signal,  des frôlements firent frémir l’herbe, et des battements d’ailes déchirèrent la paix du ciel

L’appel était pressant, je me levai et allai  moi aussi vers la source, qui semblait le lieu de ralliement. J’observai avec étonnement qu’elle s’était considérablement élargie, et que ses berges s’éloignaient de plus en plus.

  J’attendais, le cœur battant. Le silence n’était troublé que par le clapotis de l’eau dans les roseaux. Puis un oiseau poussa un cri, suivi par une centaine d’autres. Alors, une lueur naquit dans le lit du fleuve, se propagea comme un feu de forêt, embrasa le fonds,  fit de l’eau une émeraude frissonnante, devint serpent lumineux, atteignit les branches les plus basses, monta dans les troncs qu’elle illumina de l’intérieur d’abord, car on pouvait suivre au fur et à mesure les progrès de la lumière.

 Quand tous les arbres des rives firent  comme une allée de sapins de Noël, les oiseaux, à leur tour se mirent à se transformer. Dans leurs plumes poussèrent des gemmes aux couleurs vives. Les papillons étalèrent  des ailes à la limpidité de cristal  qui laissaient derrière elles une traînée de poussière d’étoiles.

 La joie répandait son ivresse sur tous les êtres vivants. Je me refusai  à n’en être que le témoin. D’un geste délibéré, je plongeai dans l’eau qui éclairait d’étranges scènes.

Les algues faisaient onduler leur soie phosphore au gré du courant qui les frôlait

Un banc de poissons au ventre jaune strié de raies grises et turquoise, aux nageoires bordées de bleu, évoluait avec grâce. Je les suivis quelque temps. Mon attention fut  alors attirée par ce qui semblait être la source même du foyer d’énergie lumineuse que j’avais vu tantôt à l’œuvre En m’en approchant, je vis une multitude de cristaux pareils à ceux qui m’avaient attirée dans leur monde, agglutinés les uns aux autres, et brillant d’un éclat insoutenable. Je posai une main devant les yeux, ils avaient été assez brûlés par la réverbération du sable .Alors je me rappelai que j’avais cessé de remonter à la surface pour aspirer une bouffée d’air. Je n’attendis pas longtemps pour découvrir le mystère. Le courant m’envoyait des ondes de lumière. Des picotements aux pieds m’avertirent que pour moi, le processus commençait enfin.

 

  Le petit matin marqua la fin des réjouissances. La clarté se mit à faiblir dans la cime des arbres et petit à petit, elle s’amenuisa jusqu'à n’être plus qu’un vague reflet doré.

Le paysage s’installait dans la normalité. Ma peau aussi perdait sa luminosité, redevenait opaque. Je m’en attristai .La joie me disait adieu en même temps que les

ondes lumineuses s’éloignaient, à jamais, me sembla-t-il …

-Non, me dis-je, non, il y a sûrement un moyen.

  Le fleuve était redevenu rivière, bientôt, ce ne serait plus que la  source dont j’avais bu à mon arrivée. Que faire ? Cette source pouvait disparaître, elle aussi, me rendant à un monde qui n’était plus le mien, qui  ne  le serait plus jamais, tous mes souvenirs en avaient disparu…

 Mes larmes coulaient à flots, elles m’inondaient, rien ne pouvait les arrêter. Puis, les larmes suintèrent de mon corps entier, de plus en plus rapidement. J’entrevis la vérité

Je fondais. Bientôt je ne serai plus qu’une flaque au bord du chemin que le soleil boirait sans effort.

  Je courus avec l’énergie du désespoir vers la source qui n’était plus qu’un mince filet d’eau que déjà les sables menaçaient d’engloutir. Là était la vie, que l’univers m’octroyait comme le don le plus précieux.

 Mes molécules glissèrent sur d’autres molécules, dont je ressentis la tendresse infinie

avant de perdre conscience de mon identité et de plonger dans la plénitude de l’infini

 

par marlou publié dans : nouvelles
ajouter un commentaire commentaires (2)    recommander
Retour à la page d'accueil

Présentation

Calendrier

Octobre 2008
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29 30 31    
<< < > >>
Blog : Sport sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus