Le mercredi suivant, un messager vint les inviter à la soirée du henné. Elles s’y rendirent à la nuit tombée. Le douar croulait sous les zagharites. Le Hagg avait fait les choses en grand. Seittouna, l’experte en henné était là. Sa pratique l’avait rendue si célèbre qu’elle faisait de la figuration dans les films. Elle dessinait des rosaces couleur de miel sur toutes les parties du corps et faisait payer cher ses services.
Pendant que Batta qui n’était plus tellement triste choisissait les motifs dans le catalogue, le lecteur de cassettes braillait les chansons de circonstance pour tout le voisinage.
A la cuisine, on s’affairait : un groupe préparait le festin du henné, tandis qu’un autre s’occupait des Kaakes, ces galettes des fêtes dont la jeune mariée devait régaler son mari et ses invités pendant un mois.
Le lendemain du henné, les préparatifs de la réception des noces allaient bon train chez le Omdah : Dans le poulailler, c’était l’hécatombe. Poulets, canards, oies égorgés attendaient leur tour d’être déplumés, devant l’immense marmite d’eau bouillante. A l’étable, même branle-bas de combat. Il s’agissait de choisir le veau et les moutons qui seraient sacrifiés en l’honneur de la jeune mariée. Quand cela fut fait, on attendit impatiemment l’homme qui avait le droit de tuer les bêtes : Il fallait pour cela une autorisation spéciale du Cheikh. Enfin, il arriva et se mit tout de suite à l’œuvre. Puis ce fut le tourdu boucher et de ses aides. La viande découpée en quartiers était aussitôt plongée dans la khalta aux condiments rares et raffinés pour y macérer jusqu’au soir
Dans la cour, un homme brossait la robe du cheval qui allait être le clou de la soirée. C’était en effet un animal dressé à faire des pas de danse sur un air de musique auquel on l’avait habitué. Le cavalier en habits de fête tenait les rennes tandis que le pur-sang bougeait en cadence. La scène était pittoresque et attirait les curieux
Quand Batta reçut sa robe de mariée, enveloppée de papier de soie, dans un carton volumineux, Elle crut rêver : Dentelles immaculées, mousseline aérienne, une robe de princesse. C’était un bon point pour Saleh, il fallait en convenir .Elle se sentit du coup plus de sympathie pour lui. Un travail de rapide métamorphose se faisait en elle. Elle comprenait mieux les mobiles de son père et les conseils de sa mère dont elle mesurait le bien-fondé. La réalité était là face à elle dans les stigmates d’une vie laborieuse de paysanne. Elle appréciait les sacrifices d’Om Sayed mais elle ne voulait pas lui ressembler. Cela non…
Le moment vint de se préparer. Elle reçut ses amies avec un sourire qui n’était pas simulé. Mariam n’en revenait pas .Etait-ce là celle qui était venue chercher du secours en pleurant ?
Tante Manal lui fit signe de se taire et elles observèrent la jeune fille entourée de ses cousines qui évoquaient bruyamment la chance de
Batta. Celle-ci pépiait gaiement, répondait à leurs plaisanteries, se laissait habiller avec complaisance .consciente de leur admiration teinte d’envie , car elles n’avaient jamais rien vu
d’aussi joli. On la maquilla, on lui mit le voile blanc .Elle se laissait faire, glissant sans s’en apercevoir sur la pente de la paresse, y entrevoyant un univers de félicité. Oui,
croyait-elle à ce moment, elle serait heureuse d’être adulée. Son père lui avait évité une vie de misère et d’humiliation. Comme il l’aimait ! Elle allait essayer de lui faire donner
certains privilèges par le Omdah. C’était justice. Quant à Saleh, elle allait essayer de s’en accommoder. Peut-être n’était-il pas aussi borné qu’il le paraissait.
Cette nouvelle est le résultat d'un travail de groupe dans une classe de lycée.Elle est basée sur une histoire vraie
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