Tout être humain
est cette question
qui s’insinue
obsédante
dans les yeux
feux rouges
à la croisée
des regards
qui vive
alerte
on ne passe pas
Tout être humain
est cette question
qui s’insinue
obsédante
dans les yeux
feux rouges
à la croisée
des regards
qui vive
alerte
on ne passe pas
Au faite de la colline
des nuages gris perle
à facettes d’évasion
les branches divulguent
les secrets éclos
au sein de la nuit
désormais tout est dit
et émergent les énigmes
de l’espace intérieur
d’un coup élucidées
frisson aux franges
de la lumière naissante
du cœur ou du dehors
tout s’emmêle
l’émotion se fige
dans la fraîcheur du jour
qui défroisse les blessures
et déride l’espoir dissimulé
dans les lèvres éteintes
Creux et pleins
Embruns
La mer vivante
Les cernes sur ton visage
Sont le lit du fleuve amer
Qui emporte en son passage
Ton désir de voir la mer
Car tu as rêvé longtemps
Du sable blond d’un rivage
De palmiers ivres de vent
D’un ciel de printemps sauvage
Tu voulais bien davantage
Jouir des nuits et des jours
Hors des barreaux de ta cage
Voler dans un cri d’amour
Mais la vie cette usurière
T’a poussé au dérapage
Au tournant une civière
Et c’est la fin du voyage
Tu n’es jamais là
Même à deux pas
Toujours des barrières
Arrêtent la lumière
De ton regard.
Tu viens, tu repars
Imperturbable, impassible
Comment serait -il possible
Le moindre échange
Avec un ange
Toujours absent
Soucieux seulement
De son auréole de lumière
De ses barrières ?
Sensation étrange
d’univers parallèle
au cœurde la pluie
quand elle picote autour
de l’aura d’un corps
élargi aux dimensions de la tente
mouvement continu
toujours ces mots qui reviennent
scandés indéfiniment
sur le mode
des chuchotements
des murmures
qui s’égrènent en douceur
dans mon cocon de toile
je m’étire à l’infini
vers les nuages
lourds à crever leur peine
j’accueille leur pesant de tristesse
et de prospérité
du même regard impassible
drôles de vacances
toutes grises
qui m’apprennent le bonheur
des grands pans de ciel
triomphants
des éclats de soleil
dans le bleu des flaques
sur toutes les facettes du jour
je m’exerce à la connivence
du silence
quand le merle du merisier
me cligne de l’œil
à cause de l’éclaircie imprévue
qui met la joie à nu
la joie pour soi
et pour les autres
qui sont une part de soi
dans le grand souffle de la terre
Puis cela repart
un picotement de doigts
un frémissement de cils
la voix feutrée
des songes qui naissent
entre les mailles liquides
de cette seconde peau
de terre et d’eau
qui mue inlassablement
en m’emportant dans son vertige
Pour me distraire
je me bâtis
un jeu de construction
de mes possessions
j’ai une maison
quatre murs mobiles
un bureau, un lit
plusieurs fenêtres
d’où je vois venir
le temps et ses couleurs
dehors un merisier
une haie de cyprès
des tourterelles
des papillons blancs
poursuivant les couleurs
disparues à leur insu
un pommier généreux
un ciel à fond bleu
qu’adoucissent les nuages
quelques pages de poèmes
et d’amour à fleur de peau
une voix dans cet espace
des mots merveilleux
un regard qui efface
les peurs d’un passé anxieux
des pas unis à l’aube
dans les chemins de rosée
les parfums que l’on dérobe
à l’herbe après l’ondée
les saveurs les odeurs
le miel riche de ses fleurs
cette eau fraîche des torrents
les truites de la rivière
les sentiers où erre le vent
la dentelle des fougères
les sous-bois à l’ombre verte
intrigués l’on y va
de découverte en découverte
et l’on herborise
à cœur joie
Une brèche dans les nuages
la colline boisée
des branches en cascade
sur le versant immobile
dans la conque verte
les toits roses des maisons
créent l’itinéraire de l’aube
vers les abords des couleurs
un vol de tourterelles
basculant dans l’azur
fait des accrocs au bleu
en algues déferlantes
quelques arbres épars
crêpent la ligne douce
de la grève inconnue
impression visuelle
toute en langueur
vissée au creux de l’œil
on n’a besoin que d’un prétexte
pour rejeter sa méfiance
d'invisible passant
la vérité affleure
dans l’anse de la pensée
la remplit de sa certitude
vivre dans la paix
et aimer la vie
Qu’as-tu fait de moi
qu’ai-je fait de toi
nos pas ont emprunté
un chemin de ronces
qui gravent en nous
leurs étoiles de sombre vermeil
Les mots nous ont trahis
et leur poison
a tari l’eau de notre source
Le soleil au zénith
est douleur à nos lèvres
et brûlure à nos yeux
Tout en nous fait mal
car ta vie en moi
car ma vie en toi
est une plaie béante
Que n’avons-nous gardé le silence
qui raccommode discrètement
les coupures secrètes
que chacun fait à l’autre
Maintenant tout est à refaire
qui baissant le front
pétrira la terre de ses larmes
tirera de ses forces jusqu'à épuisement
l’image d’un pont nouveau
à tresser vers l’autre
avec les brindilles des souvenirs
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