D’ou viennent les larmes
Quel silence, quel espace
Traversent-elles les larmes
Avant de sourdre à la surface ?
De quelle phrase impulsive
Lancée comme par hasard
Qui n’atteint pas la rive
Et meurt dans le brouillard ?
De quelle peine trop profonde
Pour être jamais guérie
Et qu’on porte dans le monde
Sous les rires sans répit
Elles viennent du silence
En lame de couteau
Jaillissent de l’offense
En vrilles et en copeaux
Sont-elles choc et frénésie
Sont-elles acres morsures
Lorsque la jalousie
Déchire et torture
Elles vont et viennent les larmes
Comme une marée de jais
Jamais elles ne désarment
Ne s’arrêtent jamais
Parfois elles se font douces
Ramènent avec elles
Des griefs qui s’émoussent
Aux sentiments fidèles
Elles annoncent la chute
Des digues de la peur
Quand on réagit et lutte
Contre un trop plein de douceur
Elles ont tissé entre nous
Des guirlandes de secrets
Les plus beaux, les plus fous
Qu’on dira jamais
D’ou
Vendredi 21 septembre 2007
Retour
Je suis arrivée hier
J’ai retrouvé mes plantes
Le regard tendre et fier
Les boucles dansantes
La queue en tourne moulin
A pomper la musique
De mes deux chiens
Aux câlins frénétiques
J’ai aussi retrouvé
Après un long somme
Le charme désuet
De mon sweet home
Il m’a fallu réapprendre
A bouger dans ma cuisine
Essayer de reprendre
Les taches anodines
J’avais oublié tout cela
Qui revient comme une frise
Sur un mur d’autrefois
Qui coulisse en surprise
Mon cœur veut régler aussi
Les problèmes de chauffage
Je dois m’habituer ici
A porter un lainage
Il y a les valises à défaire
Pour tout remettre en place
Et noter comme naguère
Ce que l’oubli efface
Mais je veux voir tout au soleil
Et porter des lunettes roses
Je veux sourire dans mon sommeil
Et attendre qu’arrivent les choses
Mercredi 19 septembre 2007
Tu es à la fenêtre
tu bois ton café
tu allumes une cigarette
tu me défies
je m 'arrête
et te regarde fixement
au bout d'un moment
tu ris
sans låcher ton mégot
Qui aura le dernier mot?
L’amour est triste
Comme tout ce qui est beau
En lui existe
L’espoir du renouveau
Le cœur mis en veilleuse
Se réveille soudain
Le sentiment creuse
Le lit de ses ravins
Le sang à toute vitesse
Irrigue le cerveau
La naissante tendresse
N’a pas besoin de mots
Toute la joie ruisselle
Sur l’écran étoilé
De l’émotion nouvelle
Qu’on ne peut contrôler
L’amour est lisse
Comme soie sur la peau
Comme l’esquif qui glisse
Suavement sur l’eau
Ses mille reflets
Que l’onde ravive
Pour les caresser
Enchantent ma rive
L’image me poursuit
Elle m’accule
Au silence
Dans un coin de nuit
Je bascule
Dans la souffrance
Vos têtes rapprochées
Vos murmures
Vos plaintes
Vos mains accrochées
Au temps qui dure
Sans crainte
Je m'enfuis
Mais l'image me poursuit
Les cernes sur ton visage
Sont le lit du fleuve amer
Qui emporte en son passage
Ton désir de voir la mer
Car tu as rêvé longtemps
Du sable blond d’un rivage
De palmiers ivres de vent
D’un ciel de printemps sauvage
Tu voulais bien davantage
Jouir des nuits et des jours
Hors des barreaux de ta cage
Voler dans un cri d’amour
Mais la vie cette usurière
T’a poussé au dérapage
Au tournant une civière
Et c’est la fin du voyage
Tu n’es jamais là
Même à deux pas
Toujours des barrières
Arrêtent la lumière
De ton regard.
Tu viens, tu repars
Imperturbable, impassible
Comment serait -il possible
Le moindre échange
Avec un ange
Toujours absent
Soucieux seulement
De son auréole de lumière
De ses barrières ?
Pour me distraire
je me bâtis
un jeu de construction
de mes possessions
j’ai une maison
quatre murs mobiles
un bureau, un lit
plusieurs fenêtres
d’où je vois venir
le temps et ses couleurs
dehors un merisier
une haie de cyprès
des tourterelles
des papillons blancs
poursuivant les couleurs
disparues à leur insu
un pommier généreux
un ciel à fond bleu
qu’adoucissent les nuages
quelques pages de poèmes
et d’amour à fleur de peau
une voix dans cet espace
des mots merveilleux
un regard qui efface
les peurs d’un passé anxieux
des pas unis à l’aube
dans les chemins de rosée
les parfums que l’on dérobe
à l’herbe après l’ondée
les saveurs les odeurs
le miel riche de ses fleurs
cette eau fraîche des torrents
les truites de la rivière
les sentiers où erre le vent
la dentelle des fougères
les sous-bois à l’ombre verte
intrigués l’on y va
de découverte en découverte
et l’on herborise
à cœur joie
Qu’as-tu fait de moi
qu’ai-je fait de toi
nos pas ont emprunté
un chemin de ronces
qui gravent en nous
leurs étoiles de sombre vermeil
Les mots nous ont trahis
et leur poison
a tari l’eau de notre source
Le soleil au zénith
est douleur à nos lèvres
et brûlure à nos yeux
Tout en nous fait mal
car ta vie en moi
car ma vie en toi
est une plaie béante
Que n’avons-nous gardé le silence
qui raccommode discrètement
les coupures secrètes
que chacun fait à l’autre
Maintenant tout est à refaire
qui baissant le front
pétrira la terre de ses larmes
tirera de ses forces jusqu'à épuisement
l’image d’un pont nouveau
à tresser vers l’autre
avec les brindilles des souvenirs
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